Des orchidées sur le chemin du Wildspitz
Avec leurs fleurs aux formes souvent extravagantes, les orchidées comptent parmi les plus belles découvertes au bord du chemin. A cela s’ajoute le fait qu’il est rare d’observer un grand nombre des 70 espèces suisses. Le sabot de Vénus est l’une des plus belles orchidées. Son grand «sabot» d’un jaune intense et ses trois pétales étroits d’un brun pourpre forment un contraste saisissant. La zone d’éboulement au-dessus de Goldau (SZ) mérite le détour pour admirer ce sabot de Vénus si rare. Selon les années, la période de floraison a lieu de mi-mai à fin juin. Après l’effondrement des masses rocheuses en 1806, une forêt clairsemée a pu se former par endroits et offre de bonnes conditions à la précieuse fleur. Pour que les plantes puissent survivre et se multiplier, il est important de les observer à distance, afin de ne pas tasser le sol qui les entoure. Au total, une trentaine d’espèces d’orchidées se développent dans la zone, ainsi que des papillons rares comme la bacchante et des oiseaux comme le bruant fou et le faucon pèlerin. La randonnée commence près du parc naturel et animalier de Goldau. De là, l’itinéraire de La Suisse à pied no 828, «Goldauer Bergsturzspur», grimpe à travers la forêt. A un peu plus de 900 mètres d’altitude, un sentier circulaire permet d’apercevoir quelques jolis spécimens de sabots de Vénus. Le chemin longe ensuite une crête jusqu’au Gnipen et au Wildspitz, dont le sommet à 1580 mètres d’altitude est le point culminant du canton de Zoug. Juste en dessous du sommet, l’auberge de montagne Wildspitz dispose d’une grande terrasse panoramique et offre une vue magnifique sur le lac Lauerzersee et les Alpes de Suisse centrale. Les personnes qui y passent la nuit pourront admirer la luminosité unique et variée au coucher et au lever du soleil. Du Wildspitz, l’itinéraire descend jusqu’à Unterägeri, Chlösterli en passant par le point 1282, Alpli, Buschenchappeli et Zittenbuech.
Texte et photos: Heinz Staffelbach
Quasi sans un bruit, une abeille des sables se pose dans la grande cuvette jaune du sabot de Vénus. Elle a été attirée par les couleurs vives et le parfum d’abricot de la fleur, mais n’a pas trouvé de prise sur ses parois huileuses. L’abeille est maintenant piégée au fond du sabot, sans savoir comment s’en échapper. Elle découvre alors une série d’ouvertures lumineuses dans la paroi arrière de la fleur. Par une file de zones translucides, l’orchidée guide l’insecte vers la sortie. Elle trottine maintenant dans cette direction, où la paroi de la fleur est heureusement poilue et non huileuse, si bien que l’ascension est facile. Puis vient l’épreuve suivante: un passage serré. L’insecte s’y faufile laborieusement, son dos frotte le long de la paroi supérieure du sabot et le pollen reste accroché au stigmate. L’abeille retrouve enfin sa liberté et s’éloigne en bourdonnant. Peu après, elle va déposer le pollen fraîchement récolté dans une autre orchidée.
Rares sont les astuces aussi raffinées que celle du sabot de Vénus dans le monde végétal. A commencer par l’illusion du nectar, car la fleur n’offre en réalité aucune nourriture aux abeilles. C’est pourquoi la botanique classe le sabot de Vénus parmi les fleurs usant de pièges. Et avec la chute favorisée et le guidage ciblé vers ses propres organes reproducteurs, le sabot de Vénus est en même temps une fleur-trappe à sabot.
D’insignifiante à extravagante
L’espèce d’orchidée la plus remarquable de Suisse est menacée. Dans certaines régions, elle est considérée comme rare et dans d’autres, comme en Suisse romande, elle est même menacée d’extinction. L’une d’entre elles se trouve dans la zone d’éboulement au-dessus de Goldau (SZ) et pour avoir des chances de la voir, il est conseillé de faire la randonnée entre mi-mai et début juin. Il est alors fréquent, lors d’une rencontre en chemin, que le simple «Bonjour» se transforme en un «Salut, vous l’avez déjà vue?». «Oui, un peu plus haut, à gauche du chemin.» La randonnée grimpe quasi en ligne droite de Goldau au Gnipen, à travers l’amas de pierres de l’éboulement de 1806. Sa partie inférieure évolue dans une forêt dense, tandis que sa partie supérieure est beaucoup plus clairsemée. Idéal pour le sabot de Vénus, qui préfère les endroits semi-ombragés. Au-dessus de 940 mètres d’altitude, un circuit officiel du sabot de Vénus part à droite de l’itinéraire 828.
La céphalanthère à longues feuilles est une autre espèce d’orchidée qui fleurit dans la zone d’éboulement de Goldau.
Outre la fleur convoitée, toute une série d’orchidées poussent par ici, notamment la néottie nid-d’oiseau. Plus discrète que le sabot de Vénus, ses fleurs sont bien plus petites. Mais surtout, elle ne produit pratiquement pas de chlorophylle, ce qui lui confère une robe beige sobre. Ses orifices sont clairsemés et non fonctionnels. Elle est même dépourvue de poils absorbants, nécessaires à la captation de l’eau et des nutriments. Cela s’explique par le fait que cette fleur est un véritable parasite, qui se nourrit du réseau de filaments (hyphes) des champignons. Il est intéressant de noter que le champignon se nourrit lui-même des racines des arbres. La néottie nid-d’oiseau vit donc en principe de l’arbre. Malgré cette vie «confortable», il faut compter environ neuf ans entre la germination et la floraison. Parmi les autres espèces d’orchidées présentes dans la zone d’éboulement de Goldau figurent l’orchis à deux feuilles et la céphalanthère à longues feuilles. Au total, une trentaine d’espèces d’orchidées y poussent.
Artiste de la vie
Certaines espèces d’orchidées imitent l’apparence et l’odeur des femelles d’insectes, de sorte que les insectes mâles essaient de s’accoupler avec les fleurs et les pollinisent. En Suisse, il s’agit des espèces du genre Ophrys, comme l’ophrys abeille et l’ophrys bourdon.
Une autre particularité des orchidées est leurs graines. En plus d’être extrêmement petites (elles peuvent mesurer jusqu’à 0,1 mm), elles ne contiennent aucun tissu nutritif et ne sont composées que de l’embryon et de l’enveloppe. Pour que ces embryons puissent germer et pousser, ils ont besoin d’une symbiose avec des champignons particuliers, qui leur apportent des substances nutritives. Ce qui peut sembler une super astuce comporte aussi des risques, car l’embryon d’orchidée dépend de la présence du champignon. Si l’habitat change et que le champignon disparaît, l’orchidée disparaît avec lui. Il est donc d’autant plus étonnant qu’il existe malgré tout plus de 25 000 espèces d’orchidées dans le monde, dont environ 70 en Suisse.
Sur les crêtes dans une nature protégée
Dans la nature, les catastrophes sont souvent le point de départ au développement de nouveaux habitats. Les volcans peuvent causer des dégâts infinis, mais aussi servir de lit germinatif à une nouvelle végétation. Les incendies détruisent de vastes zones forestières, mais ils créent aussi de grandes surfaces baignées de lumière du soleil, sur lesquelles les plantes qui en ont besoin peuvent s’implanter. Et ce sont les inondations régulières qui rendent possibles des paysages alluviaux dynamiques. Après l’éboulement dramatique il y a plus de 200 ans, une nouvelle communauté de vie composée de plantes, d’animaux et de champignons s’est développée dans la région d’éboulement près de Goldau.
Deux imposants blocs de poudingue dans la zone d’éboulement. A gauche, l’arête est et, dans la cuvette, le Lauerzersee.
Moment de détente dans la zone d’éboulement
Cela ne va toutefois pas sans questions ni défis. Faudrait-il limiter les visites et les gens se comportent-ils tous de manière respectueuse vis-à-vis du sabot de Vénus et d’autres espèces rares? Les plantes, par exemple, ne doivent en aucun cas être déterrées et plantées dans son propre jardin et doivent être observées à distance, afin de ne pas tasser le sol qui les entoure.
Les écologues et les forestiers se posent en outre la question suivante: faut-il laisser la région tranquille pour permettre des processus naturels ou faut-il intervenir de manière ciblée, par exemple pour éclaircir la forêt et donner une chance à des espèces menacées comme le sabot de Vénus?
Une chose est sûre: la survie du sabot de Vénus dépend ici de l’appréciation et du respect des visiteuses et visiteurs.
L’auberge de montagne Wildspitz, située juste en dessous du sommet, dispose d’une grande terrasse panoramique offrant une vue fantastique sur le lac Lauerzersee et les Alpes de Suisse centrale. Les personnes qui y passent la nuit pourront admirer la luminosité unique et variée au coucher et au lever du soleil.
wildspitz.ch