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Reportages sur la randonnée

Le castor est aussi un Zougois

Pendant longtemps, le canton de Zoug densément peuplé n’a pas accueilli de castors. Aujourd’hui, les troncs rongés, les digues et les nouveaux biotopes entre la Reuss et le lac de Zoug témoignent de leur présence. Quelles opportunités et quels conflits leur retour engendrent-ils?
27.02.2026 • Texte: Angelika Imhof
Un castor dans l’étang Binzmühleweiher de Rotkreuz (ZG) © Adrian Huber
Au soleil le long de la Reuss
Hünenberg, Dorf — Maschwanden, Dorf • ZG

Au soleil le long de la Reuss

Le fait qu’il y ait aujourd’hui quelque 5000 castors sur le Plateau suisse et dans les larges vallées alpines ne va pas de soi: au début du XIXe siècle, ce rongeur avait totalement disparu du pays. Ce n’est qu’au XXe siècle que le castor a été réintroduit. Dès lors, il n’a cessé d’étendre son territoire. Depuis 2010, il vit aussi dans le canton de Zoug, en particulier dans la région Ennetsee, entre la Reuss et le lac de Zoug, où se déroule cette randonnée. De l’arrêt de bus «Hünenberg, Dorf», le chemin pédestre traverse le quartier, puis mène aux ruines du château ouvertes au public, le berceau historique de Hünenberg. Après avoir traversé une forêt ombragée le long du ruisseau Drälikerbach, il emprunte un chemin agricole qui traverse la plaine de la Reuss en direction de la rivière. La silhouette du Pilate se dresse au loin. Une fois sur les rives de la Reuss, le chemin suit le cours d’eau, soit sur la digue, soit près de la rive. En raison de la chaleur, il est conseillé de partir le matin ou en fin de journée. La rive est caractérisée par des pâturages, des aulnes, des argousiers et des fleurs des champs. Un œil attentif pourra apercevoir des troncs d’arbres rongés: des traces du castor. A hauteur de Zollweid, le restaurant Zollhuus permet de faire une halte près du pont historique sur la Reuss. Sur la digue, les cyclistes circulent aussi. Le chemin de randonnée pédestre balisé continue donc au plus près de la rive. Régulièrement, de charmants endroits invitent à s’attarder ou à se tremper les pieds. A la fin, l’itinéraire traverse la réserve naturelle de Maschwander Allmend. Il est alors possible de continuer jusqu’au Rüssspitz, au confluent de la Reuss et de la Lorze. Le chemin de randonnée officiel va directement à Maschwanden, en passant devant une piscine naturelle idyllique et en entrant dans le paisible village du côté zurichois.

vers la proposition de randonnée

C’est comme une chasse au trésor: pendant la randonnée le long de la Reuss, les yeux guettent constamment la rive pour repérer les traces de castors. Et ils ne seront pas déçus. Le premier tronc penché apparaît au bout d’une quinzaine de minutes à peine. Sa moitié supérieure n’est plus reliée à la moitié inférieure que par quelques copeaux de bois.

Il y a encore vingt ans, aucune trace de castor n’aurait été visible ici. Il faut attendre 2010 pour que le rongeur pénètre dans le petit canton de Suisse centrale par le nord via la Reuss, la Lorze et le canal de drainage, comme le rapporte le garde-chasse et garde-pêche Adrian Zehnder. Pendant longtemps, l’autoroute serpentant à travers la plaine de la Reuss, l’absence de ruisseaux ouverts à Rotkreuz et le barrage près du site Papieri à Cham ont constitué des obstacles difficilement surmontables à la propagation dans le canton de Zoug.

En 2019, un castor solitaire réussit enfin la traversée spectaculaire jusqu’au lac de Zoug, sans doute en contournant le site Papieri. L’animal vivait seul jusqu’à la création de nouvelles voies d’eau, grâce à un nouveau lotissement le long de la Lorze, qui a permis à ses congénères de migrer jusqu’au lac. Cet exemple illustre l’une des difficultés rencontrées par le castor dans un canton densément peuplé.

Convoité pour sa fourrure, sa chair, son castoréum

La présence du castor en Suisse n’a rien d’une évidence. Au début du XIXe siècle, il n’en restait plus un seul dans le pays. Il était chassé pour sa fourrure, sa chair et son castoréum. Ce dernier, une sécrétion odorante produite par la glande anale du castor, se voyait autrefois prêter des propriétés miraculeuses en médecine. La fourrure était principalement utilisée pour la confection de chapeaux en feutre à large bord hydrofuges, qui sont devenus à la mode au XVIIe siècle.

Quant à son extermination pour la chair, elle est largement le fruit de l’Eglise catholique: la consommation d’animaux à sang chaud étant interdite pendant le carême, elle avait déclaré que le castor était un poisson, ce qui permettait de le chasser. Et ce pile au printemps, lorsque la femelle est portante.

Le retour

Ce n’est qu’au XXe siècle que les castors sont peu à peu réintroduits en Europe, les premiers en 1922 en Suède, puis en Suisse en 1956. Le castor est protégé par le droit fédéral depuis 1962. Aujourd’hui, la Suisse compte environ 5000 individus, dont près de 80 dans le canton de Zoug, comme le prouvent les données du service national Conseil Castor et de l’Office des forêts et de la faune du canton de Zoug.

«Le castor reconquiert progressivement son habitat d’origine», constate M. Zehnder. Le rongeur s’est d’abord installé sur des cours d’eau plus importants, comme le lac de Neuchâtel ou l’Aar. Mais lorsqu’un territoire est occupé, les jeunes animaux doivent partir à la recherche d’un nouvel habitat. C’est ainsi que le castor est arrivé dans le canton de Zoug.

Habitat adapté

La zone humide au bord de la Reuss est idéale pour le castor. Elle accueille désormais deux territoires familiaux et l’un ou l’autre territoire de couples. On y trouve beaucoup de peuplements ligneux, d’argousiers, d’aulnes, d’herbes, de roseaux et d’eaux calmes, comme le canal de drainage entre la Reuss et la Lorze. La randonnée, à la hauteur de Chamau, passe tout près de lui. Son eau d’un bleu-gris laiteux coule tranquillement et, au printemps, ses rives sont recouvertes d’arbustes et de plantes d’un vert vif.

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Une digue de castor le long du canal de drainage, peu après le pont Zollbrücke

Un tronc d’arbre rongé enjambe le canal. Là où il n’y a pas d’écorce, des traces de dents sont bien visibles dans le bois clair. Non loin de là, l’eau s’accumule devant une digue composée de petits bouts de bois. Et en y regardant de plus près, il sera peut-être possible de découvrir des traces de passage dans l’herbe dues à la palette du castor.

Le photographe amateur Adrian Huber, de Hünenberg, dont plusieurs photos illustrent aussi ce reportage, est de ceux qui ont déjà observé le castor de Zoug de très près. «Photographier le castor n’est pas facile. Dès qu’il te voit, il plonge et réapparaît à un tout autre endroit. C’est un animal qui te tient en haleine.» Malheureusement, ces dernières années, des castors ont déjà été écrasés sur les routes de Zoug, comme le rapporte le policier.

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Castor sur un bras de la Reuss, à hauteur de Maschwanden/Hünenberger Allmend © Adrian Huber

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Artiste de la renaturation

Que pense la nature du retour du castor? Beda Schlumpf, chef du service Pêche et chasse à l’Office des forêts et de la faune du canton de Zoug: «C’est un cadeau pour la nature. Le castor accomplit gratuitement ce pour quoi l’être humain investit habituellement des centaines de milliers de francs: la renaturation. Il arrive et construit: il rend les berges plus naturelles et multiplie par trois à six la diversité de la faune et de la flore.»

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En chemin, de charmants endroits invitent à s’arrêter un instant.

Les digues du castor engendrent des biotopes humides, explique M. Schlumpf, particulièrement précieux pour les plantes aquatiques, les libellules, les amphibiens et les poissons. Ces derniers peuvent mieux se cacher et se reproduire dans les nouveaux tronçons d’eau plus calmes.

De plus, le castor gère les ressources de manière durable, estime M. Schlumpf. Il ne mange que la quantité de bois capable de repousser. Il ne détruit pas ses propres moyens de subsistance. En même temps, il apporte de la lumière et de l’espace, ce qui permet d’obtenir un amincissement naturel ponctuel. «Le castor est le constructeur le plus génial et le plus stoïque que l’on puisse imaginer.»

Le revers de la médaille

Mais le castor pose aussi des problèmes, en particulier dans l’agriculture, quand il endommage par exemple les arbres fruitiers. Les troncs d’arbres sont de plus en plus entourés de fins treillis tendus. Autre source de contrariété pour les agriculteurs: l’inondation des champs provoquée par les barrages des rongeurs. C’est ce qui s’est produit il y a quelques années au lac Bibersee de Cham, où le castor avait bloqué l’écoulement d’un ruisseau. M. Zehnder a résolu le problème en déplaçant le barrage à un endroit plus large et en installant un système de drainage.

Le castor peut aussi être à l’origine de caves inondées, de routes effondrées et de réserves naturelles détrempées. Les autorités sont alors appelées à prendre des mesures, dans le respect des concepts cantonaux relatifs au castor. Depuis environ un an, les cantons peuvent également ordonner l’abattage de castors dans des cas particuliers, «lorsque ceux-ci causent des dommages importants ou représentent un danger pour l’homme», comme le prévoit la loi fédérale. Dans le canton de Zoug, cela n’a pas encore été nécessaire.

Pour éviter d’en arriver là, des mesures préventives seraient utiles, explique le garde-chasse Adrian Zehnder. Les cours d’eau devraient être entourés d’une plus grande zone non exploitée, car les tunnels du castor ne dépassent pas dix à douze mètres à l’intérieur des terres. Une telle zone est toutefois difficile à aménager dans le canton de Zoug: le sol est cher et chaque mètre carré compte.

Chemins de randonnée sapés

Les chemins de randonnée pédestre peuvent également être touchés par l’activité de construction du castor, car ils évoluent souvent le long des cours d’eau. Il peut arriver qu’un castor creuse des galeries sous un chemin de randonnée. Comme la tanière du castor est fermée à l’eau d’un côté, des gaz s’y accumulent. Pour ne pas étouffer, le castor construit une cheminée qui permet d’évacuer l’air. Un chemin de randonnée peut ainsi devenir instable et, dans le pire des cas, s’effondrer, ce qui n’a encore jamais été le cas jusqu’à présent, comme l’indiquent les Zuger Wanderwege.

Perspectives d’avenir

Arrivé à la réserve naturelle de Maschwander Allmend, l’itinéraire quitte les rives de la Reuss. Aucun castor n’a été aperçu pendant la randonnée, mais des traces de sa présence ont été observées presque tous les 100 mètres. Les randonneuses et randonneurs qui souhaitent apercevoir le castor, plutôt actif de nuit, devraient donc l’effectuer tôt le matin ou le soir. Les chances seront malgré tout plutôt faibles, car le castor évite toute rencontre avec l’humain. «Le plus important est de rester calme et de parler doucement», recommande le photographe Adrian Huber.

Que réserve l’avenir au castor de Zoug? «Dans le canton de Zoug, il y a encore du potentiel et la population continuera de croître dans les prochaines années», estime M. Zehnder. Ce qui est certain, c’est que l’effectif se régule de lui-même. Quant à savoir si le castor ira un jour plus à l’est, jusqu’au lac d’Ägeri, seul l’avenir le dira.

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Bon plan

Le restaurant Zollhuus se trouve à côté du pont historique de la Reuss, qui relie le canton de Zoug au canton d’Argovie. Le nom fait référence à l’ancien poste de douane, qui contrôlait la circulation fluviale des marchandises à partir du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, on y déguste une cuisine savoureuse, comme cette omelette végétarienne.

zoll-huus.ch

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    Angelika Imhof

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