A l’heure où vous lisez ces lignes, le printemps s’installe en douceur et avec lui son lot de fleurs, de senteurs et de papillons. Ces insectes aussi élégants que fascinants sont des symboles de légèreté et de liberté. Cette partie visible n’est pourtant que la fin d’un long cycle. Je ne vous apprends évidemment rien en retraçant grossièrement l’évolution de ces lépidoptères. De l’œuf à la chenille, de la chenille au papillon en passant par le stade de la chrysalide. Le tout étalé sur deux petits mois.
Ce qui m’interpelle au moment d’écrire cette chronique, encore lovée au cœur de l’hiver, est plutôt toute la sagesse qui se dégage de ce processus. Cette nouvelle année marque pour moi un nouveau départ. Une réorientation professionnelle avec en ligne de mire le déploiement de mes activités en montagne et en mots de manière indépendante. Mais avant d’étirer mes ailes dans les grands espaces alpins et de laisser libre cours à ma plume, je n’échappe pas au stade de la mutation. Et c’est là que le papillon m’inspire à bien des égards.
Dans sa première vie de chenille, ses buts sont simples: manger, grandir et accumuler des réserves. A quelques détails près, je m’y retrouve. Sous sa forme larvaire, le lépidoptère contient déjà tous les attributs propres au papillon. Pattes, ailes, trompe et organes reproducteurs patientent sous forme de bourgeons dont le développement est bloqué par une hormone.
Puis, pour la chenille, vient le temps du retrait. C’est au cœur de sa chrysalide, à l’abri des regards et des prédateurs, que tout en elle se défait pour se réorganiser. Dans ce bouclier protecteur, la métamorphose ultime s’opère. Et cette phase me fait particulièrement écho. Elle me rappelle que le changement demande parfois un pas de retrait. Qu’il faut accepter d’être moins visible, de lâcher une ancienne version de soi et ses fonctionnements pour renaître sous une forme nouvelle.
Le processus du papillon nous apprend aussi que son émergence intervient naturellement quand celui-ci est prêt et qu’il ne sert à rien de vouloir l’extirper par la force avant l’heure. En visionnant des images de cet instant charnière où l’imago déchire son enveloppe de l’intérieur, on devine l’inconfort de ses ailes comprimées dans une enveloppe devenue trop petite. Ce moment grinçant apparait dès lors comme un passage obligatoire vers la nouveauté. Bien installée dans ma chrysalide, je me réjouis déjà du printemps pour découvrir les motifs et les couleurs qui orneront mes ailes. Mais je sais déjà une chose, c’est que désormais le papillon ne m’évoquera plus seulement la légèreté. Il sera pour moi l’emblème de la confiance en son essence et en son propre rythme.