Il n’y a pas que les humains qui randonnent. Les rats le font aussi. Le rat brun est originaire d’Asie centrale, mais il est arrivé en Europe en tant que passager clandestin des bateaux à partir du XVIIIe siècle, d’où son autre nom de «rat migrateur». Aujourd’hui, il est répandu dans le monde entier. En allemand, on l’appelle «Wanderrate», soit «rat randonneur».
Michael Taborsky, professeur émérite d’écologie comportementale, s’intéresse au rat brun depuis des décennies. L’institut de recherche de l’Université de Berne se trouve dans une clairière idyllique de la forêt de Bremgarten, directement au bord de l’Aar. Avec ses équipes de recherche, le professeur a acquis des connaissances approfondies sur le comportement social de ces animaux. Pour résumer: le rat brun ressemble plus à l’être humain qu’on ne le pense.
Les rats bruns ressemblent plus à l’être humain que prévu: c’est ce qu’a découvert l’Université de Berne. © Màd
Michael Taborsky et ses collègues avaient déjà constaté que les rats enfermés dans un tube n’étaient pas abandonnés à leur sort par leurs congénères. lls étaient libérés par une intervention empathique. Posant alors une question: pourquoi les animaux font-ils preuve d’une telle compassion? Les recherches menées à Berne montrent clairement que l’engagement social des rats leur permet de recevoir quelque chose en retour: la coopération des collègues. Les rats libérés tendent ensuite à collaborer avec leurs libérateurs pour chercher de la nourriture.
«Les expériences sociales et l’aide reçue influencent plus la volonté de coopérer que les facteurs génétiques tels que la parenté», résume Michael Taborsky. Cela pourrait signifier qu’un comportement serviable vis-à-vis de ses congénères en détresse augmente ses chances de survie et de reproduction. «Il est possible que la sélection naturelle favorise un comportement empathique», explique M. Taborsky. Ces recherches laissent ainsi supposer que «l’empathie n’est peut-être pas une qualité purement humaine». Elle serait aussi un signe distinctif des rats bruns.
Parcours de formule 1
La forêt de Bremgarten n’a pas toujours été un havre de paix. A partir de 1931, elle accueillait des événements de sport automobile. Entre 1950 et 1955, le circuit Bremgartenring, long de 7 kilomètres, a même accueilli des courses de formule 1. Ce type de courses a plus tard été interdit en Suisse. Le parcours à travers la forêt de Bremgarten était considéré comme un défi pour les pilotes, en raison de ses virages à grande vitesse. Il y a d’ailleurs eu plusieurs accidents mortels. Aujourd’hui, les randonneuses et randonneurs empruntent l’ancien circuit sur quelques centaines de mètres, près du camping Eymatt.
Championnats du monde de l’automobile de 1952 à Berne
Forêt des bourgeois
La commune bourgeoise de Berne est la plus grande et la plus prospère de Suisse. Elle soutient la vie culturelle et sociale de la capitale fédérale à hauteur de plusieurs millions de francs chaque année. La forêt de Bremgarten lui appartient également. Sa politique consiste ici à couvrir au moins ses coûts de gestion, ce qui entraîne régulièrement des conflits avec les personnes venues s’y ressourcer.
La forêt de Bremgarten borde l’Aar.
Le pont Halen, ouvrage pionnier
Le pont Halen s’élève à 40 mètres au-dessus de l’Aar. Construit entre 1911 et 1913, il était alors un ouvrage pionnier. C’était la première fois que du béton armé était utilisé pour un pont aussi imposant. Son envergure est de 87 mètres. Avant lui, un pont de fer aurait été construit pour ces dimensions.
Le pont Halen mesure 87 mètres de long.
Diverses nuances de vert au bord de l’Aar
A la gare RBS de Felsenau, le point de départ de cet agréable circuit est encore au cœur de la civilisation urbaine. Le viaduc d’autoroute au-dessus de la tête, la rue principale devant les yeux et la ville de Berne dans le dos. Il suffit pourtant de quelques pas dans une sorte de passage souterrain pour deviner ce qui fait la beauté de cette randonnée – par ailleurs praticable toute l’année – au printemps: l’alternance des nuances de vert entre l’Aar et la forêt de Bremgarten. Le chemin descend d’abord jusqu’à l’Aar, puis passe par l’étroite passerelle Seftasteg pour rejoindre l’autre rive. Ce n’est qu’en 2025 que cette partie de la rive a été renaturée. Bientôt, en aval, l’imposant pont Halen qui enjambe la rivière à 40 mètres d’altitude se dessine. Le chemin se poursuit sur un large chemin naturel à travers une zone non bâtie. Il faut un peu moins d’une heure pour atteindre des lotissements verdoyants. Les complexes résidentiels Aumatt et Schlossmatt, construits à partir des années 1980, comptent parmi les premiers quartiers bernois à avoir déplacé le mode de vie urbain et communautaire dans l’agglomération. En revenant sur l’autre rive par la passerelle Lochmattsteg, les tours résidentielles de Kappelenring à l’horizon évoquent une métropole, tandis qu’en contrebas, l’Aar s’écoule lentement vers le paradis naturel du lac de Wohlen. Au retour, le chemin remonte l’Aar, en pente légère et à l’ombre. Soudain, une grande clairière panoramique s’ouvre en direction de la rivière. C’est ici que se trouve la station éthologique de l’Université de Berne, où des expériences sur le comportement social sont menées sur des rats bruns. Mais la forêt reprend vite ses droits. Après une courte montée, le chemin traverse le Glasgrabe, étonnamment raide. Bientôt, il atteint la station d’épuration de Neubrück et, avec elle, la civilisation. Le point de départ est retrouvé quelques minutes plus tard.